Tu ne gagneras pas en devenant une meilleure version de ton producteur préféré.
Ce qu’un prompt ne décide pas à ta place : ce qui mérite de rester.
Tu peux apprendre ses rythmes. Ses accords. Ses textures. Ses effets. Tu peux devenir très bon à reproduire ce qui fonctionne déjà. L’IA facilite déjà cette recherche de résultats. Mais si ton résultat ressemble exactement au sien, il reste une question : Pourquoi quelqu'un viendrait-il te chercher, toi ?
Tu n'as pas besoin d'être plus original
Quand tu commences, tu copies. C'est normal.
Tu apprends un morceau que tu aimes. Tu reproduis un son. Tu regardes comment quelqu'un de meilleur que toi joue, produit ou écrit.
J'ai fait exactement la même chose.
Copier n'est pas le problème. Ne jamais dépasser la copie l'est.
Parce qu'à un moment, savoir reproduire le travail des autres ne suffit plus.
Surtout aujourd'hui.
L'IA peut déjà générer des mélodies, des voix, des arrangements et des morceaux entiers.
Ça ne me fait pas peur. Ça rend simplement une chose évidente :
Quand produire devient facile, choisir devient précieux.
Quelle note tu gardes. Quelle note tu enlèves. Quand tu joues. Quand tu te tais. Pourquoi tu préfères cette prise imparfaite à celle qui est techniquement parfaite.
Ce sont ces décisions qui commencent à faire apparaître ton son.
Pas le logiciel. Pas le préréglage. Pas l'outil.
Toi.
Tes goûts ne sont pas encore tes compétences
Quand j'étais plus jeune, j'avais une pédale JamMan.
Je jouais quelques accords. Je les enregistrais. Puis je jouais une mélodie par-dessus.
Dans ma tête, ça sonnait bien.
Puis je réécoutais.
Et parfois, ce que j'entendais n'avait rien à voir avec ce que j'avais cru jouer.
C'était frustrant. Mais cette petite pédale m'a appris quelque chose que j'utilise encore aujourd'hui.
Tes goûts et tes compétences sont deux choses différentes.
Tu peux savoir reconnaître une excellente mélodie sans savoir en écrire une.
Tu peux entendre qu'une guitare laisse parfaitement respirer une voix sans savoir quoi jouer pour produire cet effet.
Tu peux savoir exactement où tu veux aller sans encore savoir comment y arriver.
Alors tu recommences.
Tu crées. Tu écoutes. Tu vois l'écart. Tu corriges. Tu recommences.
Encore. Encore. Encore.
Et progressivement, l'écart se réduit.
Ta patte apparaît dans ce que tu gardes
En travaillant cette lettre, on a voulu fixer la structure avant d’avoir assez développé l’idée. On cherchait comment faire entrer le propos dans un plan, alors qu’il fallait encore comprendre ce qu’on voulait dire.
Un prompt peut donner un cadre. Il ne décide pas à ta place quelle idée mérite d’être développée. En musique, je retrouve le même problème : vouloir définir son son avant d’avoir assez joué pour savoir ce qui nous plaît vraiment.
Au début, tu apprends des morceaux, tu essaies des accords, tu superposes des pistes. Tu découvres des façons de jouer que tu ne connaissais pas. Tout ne mérite pas de devenir ta signature. Mais ces essais te donnent de quoi choisir.
À force de jouer et de te réécouter, certaines choses retiennent ton attention. Une attaque. Un accordage. Une manière de laisser de la place à la voix. Tu reviens dessus parce que tu y entends quelque chose. Le reste peut tomber.
Tu reviens alors à des choses plus simples. Mais tu les joues avec tout ce que tu as appris. Tu entends mieux leur placement, leur dynamique et ce qu’une note de plus changerait au morceau.
Ta patte se précise quand tu reconnais ce que tu veux garder, sans chercher à montrer tout ce que tu sais faire.
Il m'a fallu 16 ans pour jouer 4 accords
J'ai commencé la guitare à 9 ans.
À 25 ans, je créais des guitares que j'envoyais à des producteurs partout dans le monde.
Un jour, en 2021, je suis dans ma chambre avec ma Gretsch.
Je descends ma corde grave de Mi à Ré. Je commence à jouer.
4 accords. 1 seule piste. Un motif qui se répète.
C'est tout.
J'appelle la guitare Circle.
Je proposais mes guitares sur ma plateforme dans le cadre Royalty-Fair. C’est là que Tempoe a obtenu Circle, puis l’a utilisée pour produire Soweto de Victony.
Puis le morceau prend une autre dimension avec Rema et Don Toliver.

Et ce qui me frappe encore aujourd'hui, c'est à quel point la guitare est simple.
Après toutes ces années à apprendre à jouer davantage, l'une des idées qui allait voyager le plus loin était l'une des plus simples.
Il m'a fallu apprendre à jouer beaucoup de choses pour comprendre lesquelles ne pas jouer.
Tu n'as pas besoin de 16 ans pour jouer 4 accords.
Ce n'est pas le sujet.
Les 4 accords sont faciles.
Le plus difficile, c'est de savoir quand 4 accords suffisent.
La technique m'avait donné des possibilités. Mon goût m'avait appris lesquelles garder.
Un son peut être copié
Et c'est là que l'IA devient intéressante.
Même si une IA reproduisait mon son, elle reproduirait un résultat.
Elle pourrait produire une guitare qui ressemble à celles que j’ai enregistrées.
Très bien.
Parce que ma signature n'est pas un fichier audio figé.
C'est une série de décisions. Et ces décisions continuent d'évoluer chaque fois que je crée.
Un son peut être copié. Une signature peut continuer à évoluer.
C'est pour ça que je pense que chercher à protéger chaque technique, chaque préréglage ou chaque secret est une bataille de moins en moins intéressante.
La vraie question est :
Est-ce que tu développes suffisamment ton goût pour continuer à faire des choix que les autres n'auraient pas faits ?
Ne cherche pas ton son. Observe-le.
Prends tes 5 meilleures créations.
Pas forcément celles qui ont fait le plus de vues. Celles dont tu es réellement fier.
Écoute-les.
Qu'est-ce qui revient ?
Tes accords ? Ton rythme ? Tes silences ? Tes textures ? Ta manière de construire une mélodie ? Tes imperfections ?
Puis crée encore.
Crée. Écoute. Observe. Enlève. Recommence.
Ne cherche pas à paraître original.
Ne décide pas aujourd'hui que « ton son » sera tel synthé, telle guitare ou tel type de batterie.
Accumule suffisamment de bonnes décisions pour commencer à voir ce qui revient. Puis pousse-le.
Parce qu'au bout du compte, un artiste ne viendra pas te chercher parce que : « Il sait produire. »
Savoir produire ne suffit pas à expliquer pourquoi il te choisirait, toi.
Ce qu’il vient chercher, c’est aussi ce que tu entends.
C'est là que tu commences à gagner.
Maintenant, fais-le
Je pourrais continuer à t'expliquer ça pendant 2 000 mots.
Mais il y a un meilleur moyen de comprendre.
Je te donne Circle.
La guitare originale qui a servi de point de départ à Soweto.
Tu peux l’écouter dans cette lettre et utiliser le téléchargement du lecteur avec ton compte Water, selon les conditions d’utilisation de Circle.
1 piste. 4 accords. Exactement le même point de départ.
Et c'est précisément le test.
Parce que maintenant, la guitare est la même pour tout le monde.
Alors ne refais pas Soweto.
Ne cherche pas à deviner ce que Tempoe a entendu.
Télécharge-la. Crée quelque chose.
Soumets-moi ta version sur Water. Si tu la partages, identifie-moi et Water.audio pour que nous puissions l’écouter.
Et fais-moi entendre ce que toi, tu entends.
- Sébastien
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